Europe en cartes
continent, Union, Schengen et euro ne se superposent pas
Quatre contours portent le même nom et se contredisent. Savoir lequel on regarde, et lequel compte vraiment avant de partir.
Quatre découpages différents circulent sous le nom de « carte de l’Europe » : le continent, l’Union européenne, l’espace Schengen et la zone euro. Ils ne coïncident pas. La Norvège est en Europe et dans Schengen, mais ni dans l’Union ni dans l’euro. Le continent compte une quarantaine à une cinquantaine d’États selon le tracé retenu à l’est, l’Union en réunit vingt-sept, et pour un voyage ce sont la carte de Schengen et celle de la monnaie qui comptent réellement.
- Le continent : sa limite orientale est une convention, d’où un nombre de pays donné en fourchette.
- L’Union : vingt-sept États, avec des territoires hors du continent.
- Schengen : la carte qui décide des contrôles, et qui déborde de l’Union.
- L’euro : ni tout le continent, ni toute l’Union, et un peu au-delà.
Posez côte à côte une carte du continent européen, une carte de l’Union européenne, une carte de l’espace Schengen et une carte de la zone euro. Les quatre s’appellent couramment « carte de l’Europe ». Aucune ne se superpose exactement aux trois autres.
Quatre cartes différentes portent le même nom
La Norvège en donne l’illustration la plus nette. Elle est en Europe, ce que personne ne conteste. Elle n’est pas dans l’Union européenne. Elle est pourtant dans l’espace Schengen, où l’on circule sans contrôle systématique aux frontières intérieures. Et elle n’utilise pas l’euro, mais sa propre couronne. Un seul pays, quatre statuts différents selon la carte consultée.
Cette confusion n’est pas anecdotique. Elle décide de ce qu’on présente à une frontière, de la monnaie qu’on retire au distributeur et de ce qu’on peut ramener dans ses bagages. Autant savoir laquelle des quatre on regarde.
Le continent
Le plus vaste des quatre contours, et le plus flou. Sa limite orientale est une convention datée du dix-huitième siècle, pas une frontière naturelle. On y compte une quarantaine à une cinquantaine d’États selon la règle retenue.
L’Union européenne
Vingt-sept États membres, un chiffre stable. Plus petite que le continent, puisque de grands pays européens en sont absents. Plus large aussi, par ses territoires situés bien loin de l’Europe.
L’espace Schengen
La zone où les contrôles systématiques aux frontières intérieures ont disparu. Elle inclut des États hors Union et exclut un membre de l’Union. C’est la carte qui change quelque chose au moment de passer une frontière.
La zone euro
Un sous-ensemble de l’Union, mais pas l’Union entière. Et la monnaie circule aussi dans des États qui n’en sont pas membres, par accord ou par usage.
La carte du continent et sa frontière orientale
Une limite tracée par convention
L’Europe est le seul continent dont la limite n’est pas dessinée par la mer. À l’ouest, au nord et au sud, l’affaire est réglée : Atlantique, océan Arctique, Méditerranée. À l’est, il n’y a rien qui sépare naturellement l’Europe de l’Asie — la plaine continue, sans rupture.
La ligne qu’on trace habituellement suit la chaîne de l’Oural, puis le fleuve du même nom, la mer Caspienne, la chaîne du Caucase, la mer Noire et enfin le détroit du Bosphore. C’est une convention héritée des géographes du dix-huitième siècle, commode et largement adoptée, mais qui reste une convention. Une variante concurrente fait passer la limite plus au nord, par la dépression qui s’étire entre la mer Noire et la Caspienne, ce qui rejette alors tout le Caucase du côté asiatique.
Le nombre de pays d’Europe ne peut pas être donné comme un chiffre unique. Selon qu’on inclut ou non les États situés à cheval sur la limite, et selon qu’on compte ou non les territoires au statut discuté, on obtient une quarantaine ou une cinquantaine d’États. Une source qui annonce un chiffre net sans préciser sa règle de comptage a choisi une convention sans le dire.
Les pays à cheval sur deux continents
Plusieurs États sont traversés par la ligne conventionnelle. La Russie s’étend de part et d’autre de l’Oural, avec sa capitale et l’essentiel de sa population du côté européen, et l’immense majorité de son territoire du côté asiatique. La Turquie a sa partie européenne à l’ouest du Bosphore — et Istanbul, à cheval sur le détroit, est la seule grande ville au monde à s’étendre sur deux continents.
Le Kazakhstan déborde à l’ouest du fleuve Oural, ce qui lui vaut une petite portion européenne. La Géorgie et l’Azerbaïdjan, situés dans le Caucase, changent de continent selon le tracé retenu. Chypre, enfin, est géographiquement asiatique mais rattachée à l’Europe sur le plan politique et culturel.
Ces cas ne sont pas des curiosités marginales : ce sont eux qui font varier le décompte d’une source à l’autre.
La carte de l’Union européenne, plus petite et plus large à la fois
L’Union compte vingt-sept États membres, et ce chiffre est stable depuis le départ du Royaume-Uni.
Cette carte est plus petite que celle du continent, et de beaucoup. La Norvège, la Suisse, l’Islande, le Royaume-Uni, la Serbie, l’Ukraine, la Bosnie-Herzégovine, l’Albanie ou la Moldavie sont en Europe sans être dans l’Union. Quelques microétats aussi : Andorre, Monaco, Saint-Marin, le Vatican, le Liechtenstein.
Mais elle est aussi plus large, dans une direction qu’on n’attend pas. L’Union possède des territoires très éloignés du continent : les régions françaises d’outre-mer, dispersées des Caraïbes à l’océan Indien, les Canaries espagnoles au large de l’Afrique, les Açores et Madère portugaises en plein Atlantique. Ces territoires font partie de l’Union européenne. La Guyane, en Amérique du Sud, donne à l’Union une frontière terrestre avec le Brésil.
L’inverse existe également. Le Groenland, territoire danois, a quitté la Communauté européenne en 1985 après un référendum local, alors que le Danemark, lui, y est resté. Les îles Féroé, également danoises, n’en ont jamais fait partie. Un même État peut donc être membre pour une partie de son territoire seulement.
La carte de Schengen, celle qui change quelque chose au voyage
C’est le découpage le plus utile au voyageur, et le plus souvent oublié des cartes de l’Europe.
L’espace Schengen est une zone de libre circulation où les contrôles systématiques aux frontières intérieures ont été supprimés. On passe d’un pays à l’autre sans poste-frontière, sans file d’attente et sans tampon. C’est ce qui explique qu’on traverse une frontière en train ou en voiture sans même s’en apercevoir.
Son périmètre ne coïncide pas avec celui de l’Union. La Suisse, l’Islande, le Liechtenstein et la Norvège en font partie de longue date sans être membres de l’Union. À l’inverse, l’Irlande est membre de l’Union européenne mais est restée en dehors de Schengen, conservant ses propres contrôles à l’arrivée. Le périmètre s’est élargi par étapes au fil des années, si bien qu’une carte imprimée il y a dix ans ne montre plus la bonne zone.
Absence de contrôle systématique ne veut pas dire absence de document : une pièce d’identité en cours de validité reste exigible et peut être demandée à tout moment, y compris à l’intérieur de la zone. Et un État peut rétablir temporairement des contrôles à ses frontières intérieures dans certaines circonstances, sans pour autant sortir de l’espace Schengen.
La carte de l’euro, encore une autre
La zone euro est un sous-ensemble de l’Union européenne : tous ses membres sont dans l’Union, mais tous les pays de l’Union n’ont pas adopté la monnaie unique.
Le Danemark et la Suède conservent leur couronne, la Pologne son zloty, la Tchéquie sa couronne, la Hongrie son forint. Le périmètre de la monnaie unique s’étend par étapes, à mesure que des États remplissent les conditions d’adhésion et décident de franchir le pas. Le réflexe qui ne se périme pas : vérifier la monnaie du pays visité avant de partir, plutôt que de supposer.
Et l’euro déborde de l’Union. Andorre, Monaco, Saint-Marin et le Vatican l’utilisent dans le cadre d’accords monétaires qui leur permettent de frapper leurs propres pièces. Le Monténégro et le Kosovo l’ont adopté unilatéralement, sans accord, et s’en servent malgré tout au quotidien.
La conséquence pratique est simple : payer en euros en Europe n’a rien d’automatique. Un séjour à Prague, à Copenhague, à Stockholm, à Varsovie ou à Budapest suppose une autre monnaie, et à Zurich ou à Oslo, davantage encore.
| Pays | Frontière à l’arrivée | Monnaie sur place |
|---|---|---|
| Norvège | Schengen, sans contrôle systématique | Couronne norvégienne |
| Suisse | Schengen, sans contrôle systématique | Franc suisse |
| Irlande | Union européenne, mais contrôle à l’arrivée | Euro |
| Danemark | Schengen, sans contrôle systématique | Couronne danoise |
| Andorre | Hors Schengen, contrôle possible | Euro, par accord monétaire |
Les pièges de la carte elle-même
Ce que la projection déforme
Une carte est un objet plat qui représente une surface courbe : la déformation est inévitable, la seule question est de savoir où on la place. La projection la plus répandue conserve les angles mais dilate les surfaces à mesure qu’on s’éloigne de l’équateur. Sur une carte de l’Europe, cela gonfle systématiquement le nord : la Scandinavie paraît écrasante, l’Islande démesurée, et le Groenland, quand il apparaît en haut à gauche, prend des proportions sans rapport avec sa taille réelle. À l’inverse, les pays méditerranéens sont visuellement sous-représentés.
Les positions qu’on croit connaître
La carte mentale se trompe souvent, et de beaucoup. Prague est plus à l’ouest que Vienne, alors que l’imaginaire place la première dans l’Est et la seconde dans l’Ouest — l’héritage du rideau de fer, pas la géographie. Le point le plus septentrional de l’Europe continentale n’est pas le cap Nord, qui se trouve sur une île, mais le cap Nordkinn, situé un peu à l’est sur une presqu’île rattachée au continent. Et la pointe sud de l’Europe continentale se trouve en Espagne, au sud de Tarifa, face au Maroc.
Le centre géographique du continent, lui, est revendiqué par plusieurs pays à la fois : la Lituanie, la Biélorussie, l’Ukraine, la Slovaquie et la Pologne ont chacune leur monument. Chacun a raison selon sa méthode de calcul, puisque le résultat dépend entièrement des îles et des territoires qu’on décide d’inclure.
Les morceaux de pays posés chez le voisin
Les frontières européennes ont laissé quelques irrégularités que les cartes à petite échelle effacent complètement. Kaliningrad est un morceau de Russie coincé entre la Pologne et la Lituanie, séparé du reste du pays. Llívia est un village espagnol entièrement entouré de territoire français, dans les Pyrénées. Büsingen est une commune allemande enclavée en Suisse, et Campione d’Italia une commune italienne dans la même situation.
Le cas le plus spectaculaire se trouve à la frontière belgo-néerlandaise, à Baarle, où une vingtaine de parcelles belges sont enclavées aux Pays-Bas, certaines contenant elles-mêmes des contre-enclaves néerlandaises. La frontière y traverse des maisons, et les habitants savent exactement de quel côté de la porte d’entrée se trouve leur pays.
L’ordre des vérifications avant un départ
Aucune des trois questions qui suivent ne se déduit des deux autres. Elles se posent donc séparément, et dans cet ordre.
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Le pays est-il dans Schengen ?
C’est ce qui détermine s’il y aura un contrôle à l’arrivée et une file d’attente à prévoir. La réponse ne se déduit pas de l’appartenance à l’Union : l’Irlande est dans l’une sans être dans l’autre, la Suisse dans l’autre sans être dans l’une.
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Quelle monnaie y a cours ?
Cela commande le retrait, le paiement par carte et les frais de change. Une capitale d’Europe centrale ou scandinave demande presque toujours une autre monnaie que l’euro, même au sein de l’Union.
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Le pays est-il dans l’Union ?
C’est la carte qui joue sur les franchises douanières au retour, sur l’itinérance du forfait téléphonique et sur les droits du passager en cas de vol ou de train annulé. Trois sujets qu’on découvre en général trop tard.
Une carte de l’Europe ne se lit pas, elle se choisit. Celle qui décore un mur raconte la géographie ; celle qui sert à préparer un départ tient en deux questions, la frontière et la monnaie, et elles ne se posent jamais au même endroit.
Combien y a-t-il de pays en Europe ?
Entre une quarantaine et une cinquantaine, selon la règle de comptage retenue. La limite orientale du continent est une convention, pas une frontière naturelle : selon qu’on inclut ou non les États à cheval sur cette ligne et les territoires au statut discuté, le total change. Un chiffre unique annoncé sans préciser sa méthode masque toujours un choix.
Où s’arrête l’Europe à l’est ?
Le tracé habituel suit la chaîne de l’Oural, le fleuve Oural, la mer Caspienne, le Caucase, la mer Noire et le Bosphore. C’est une convention adoptée au dix-huitième siècle et largement suivie depuis, mais rien dans le paysage ne sépare l’Europe de l’Asie à cet endroit : la plaine y est continue.
Quels pays sont dans Schengen sans être dans l’Union européenne ?
La Suisse, l’Islande, le Liechtenstein et la Norvège participent de longue date à l’espace de libre circulation sans être membres de l’Union. La situation inverse existe aussi : l’Irlande est dans l’Union européenne mais est restée en dehors de Schengen et maintient ses propres contrôles à l’arrivée.
Faut-il une pièce d’identité pour circuler dans l’espace Schengen ?
Oui. La suppression des contrôles systématiques aux frontières intérieures ne supprime pas l’obligation de détenir un document d’identité en cours de validité. Il peut être demandé à tout moment, y compris à l’intérieur de la zone, et des contrôles peuvent être rétablis temporairement à une frontière sans que le pays quitte Schengen.
Tous les pays de l’Union européenne utilisent-ils l’euro ?
Non. Le Danemark et la Suède conservent leur couronne, la Pologne son zloty, la Tchéquie sa couronne, la Hongrie son forint. À l’inverse, des États hors Union utilisent l’euro : Andorre, Monaco, Saint-Marin et le Vatican par accord monétaire, le Monténégro et le Kosovo de manière unilatérale.